Partager l'article ! ERIS [partie I] : dans les vestiges de Jacques Cartier: Par Loïc TOUPIN Le mois dernier, durant cinq ...
Par Loïc TOUPIN
Le mois dernier, durant cinq jours et quatre nuits[i] les ERIS (Equipes Régionales d’Intervention et de Sécurité) se sont livrées à des exercices de simulation au sein de la maison d’arrêt Jacques Cartier, désaffectée depuis la mise en fonction du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin en mars. Mutineries, agressions, évasions, prises d’otages, recherches d’armes et de stupéfiants, suicides… aucune « situation de crise » n’est épargnée à ces surveillants dits d’élite lors des entraînements, afin qu’ils acquièrent une expérience de l’intervention, une capacité d’analyse et de débriefing, un esprit de groupe et la maîtrise du stress. Quelle est donc cette unité méconnue ?
Réagissant aux mutineries des maisons centrales de Moulins et de Clairvaux, ainsi qu’à plusieurs tentatives d’évasion violentes en maison d’arrêt, Dominique Perben, alors ministre de la Justice, avait décidé en février 2003 de mettre en place des équipes spécialement formées pour parer à ce type d’événements. Les ERIS étaient ainsi opérationnelles dès novembre suivant, s’inscrivant dans un programme de « neuf mesures permettant un renforcement de la discipline, des contrôles et de la sécurité dans les prisons[ii] ». Un objectif politique de maintien de l’ordre affichant entre autres la multiplication des fouilles et la différenciation des régimes de détention en fonction de la « dangerosité ». « Je veux non seulement rendre quasiment impossibles les évasions, mais je veux surtout renforcer la sécurité des personnels parce que c’est d’abord à eux que je pense », expliquait le Garde des Sceaux. Les ERIS sont donc, en fait, l’amorce visible d’un durcissement sécuritaire plus profond, essentiellement passif mais tout aussi drastique : création d’un état-major de sécurité à la direction de l’Administration pénitentiaire, installation ou consolidation des filins anti-hélicoptères, réduction des mouvements de détenus, application de nouvelles technologies telles que les systèmes de brouillage des téléphones portables, les rayons X et la biométrie… Dès 2004, une « indiscrétion du ministère de la Justice » révélait que seules 17 évasions avaient été recensées dans l’année. « Et encore, quatre seulement sont rangées dans la catégorie ‘par bris de prison’, les autres s’étant produites hors les murs[iii] ». En 2010 encore, ces unités sont félicitées par Jean-Amédée Lathoud, directeur de l’Administration pénitentiaire : « Aucun mouvement collectif majeur n’est à déplorer depuis sept ans ! »
Il faut dire que les moyens déployés sont conséquents. Combinaisons, boucliers, casques, gilets pare-balles, gants, cagoules, flash-ball, tonfas, riot guns,
fusils à pompe… Les 400 surveillants qui se spécialisent dans les ERIS sont triés sur le volet, leur formation est intensive et comporte un stage à Satory, fief du GIGN[iv].
Non contents de rétablir l’ordre, ses personnels organisent aussi des fouilles dans les établissements, ciblées ou générales, et renforcent les structures locales lors de mouvements (promenades,
sport), de sessions d’assises dites à risques, de transfèrements ou de projets d’évasion. Leur dispersion géographique, calquée sur les directions régionales, assure une capacité d’intervention
rapide.
Une qualité valorisée, à l’heure où l’on tend à fusionner les services jusqu’à grouper, à l’Intérieur, Gendarmerie et Police, et où s’engage une redistribution plus économe des fonctions. « Alors que les CRS peuvent mettre trois à quatre heures pour arriver dans un établissement chahuté, les ERIS, implantées dans chacune des neuf régions pénitentiaires, sont mobilisables en moins d’une demi-heure et ne mettront jamais plus de deux heures à entrer en action dans les coursives », explique Stéphane Scotto, sous-directeur à l’état-major de sécurité de l’Administration pénitentiaire. La connaissance experte des spécificités des différentes prisons, dont les plans sont étudiés, est tout autant louée par Jean-Amédée Lathoud : « Nul autre qu’elles n’aurait pu réaliser l’évacuation des prisons d’Arles et de Draguignan inondées. » La place des ERIS est défendue avec d’autant plus de vigueur par ses responsables que leur utilité serait mise en question au ministère de la Justice[v]. En plein jeu de chaises musicales quant aux transfèrements, dont la prise en charge exclusive par l’Administration pénitentiaire allégerait les tâches de l’Intérieur au profit du « terrain », voilà qu’à l’inverse on dénuerait l’institution carcérale de ses unités d’intervention, redondantes au regard des services spécialisés préexistant dans la Police et la Gendarmerie (CRS, PSIG[vi], GIGN…) Verra-t-on naître, bientôt, une « police pénitentiaire » ?
[i] LECLERC, Jean-Marc. Le « GIGN de la pénitentiaire » a fait ses preuves. In Le Figaro, 14 octobre 2010.
[ii] BERARD, Jean. COYE, Stéphanie. Sécurité en prison : la fabrique de la violence. OIP
[iii] Le Figaro, 29 janvier 2005.
[iv] Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale.
[v] Selon Christophe Marquès, secrétaire général de FO-pénitentiaire.
[vi] Pelotons de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie.




