Par Emmanuel HENRY, président du Genepi-Rennes

 

zemmour  

Chers lecteurs,

 

Voici le deuxième tome du petit dictionnaire, placé cette fois sous le signe du populisme pénal et autres joyeusetés politico-médiatiques. La rentrée nous réserve à coup sûr de grands millésimes, alors autant se mettre à la page dès maintenant.

 

 

 

Affaire DSK : « L’Affaire » a eu le mérite de remettre la présomption d'innocence au goût du jour (la pauvre s'imaginait qu'on l'avait oubliée). Il est vivement recommandé de se faire une opinion sur l'affaire DSK, peu importe laquelle. Il est par ailleurs admis que les débats sur les détails scabreux de « l'Affaire » favorisent le transit intestinal à la fin d'un repas de famille arrosé.

 

« Je ne peux pas croire que tout soit comme cela en a l'air » Vladimir Poutine, à qui on la fait pas, à propos de l'affaire DSK

 

Bouygues (Martin) : Parrain légal du fils du père spirituel de la rétention de sûreté1 et des peines plancher. Ça tombe bien car sa petite entreprise qui ne connaît pas la crise est friande de contrats juteux portant sur des prisons semi-privatisées. Ça fait de la conversation lorsqu'on fête l'anniversaire du p'tit.

 

Champ pénal : On sait très peu de choses de lui si ce n'est qu'il faut l'observer. Il se murmure même qu'il n'existerait pas et que, à l'instar de la galinette cendrée, il serait la chose de quelques amuseurs de galerie.

 

Curieux (le) : Juge d'instruction. Il est surtout curieux de savoir pourquoi on cherche à le supprimer, ce pauvre vieux qui n'a rien demandé. Burgaud2, Joly, Bruguière... Chez ces gens-là comme au Genepi, la diversité est une richesse.

 

Enquête : Spéciale, d'action ou en complément, les émissions à base d'enquête fleurissent au même rythme que les prisons et les résidences secondaires. Qui pourrait s'en plaindre ? Des journalistes qui malmènent la caméra pour faire comme à Sarajevo, de pauvres hères trouvés sur le bord de la route qui se brûlent les doigts avec leurs allumettes et, bien souvent, la chanson Angel de Massive Attack pour enrober le tout3. C'est divertissant et ça fout les miquettes juste ce qu'il faut.

 

Le (la) p'tit(e) + prénom : Combinaison utilisée par tous les professionnels sérieux du populisme pénal4 qui désigne la jeune victime d'une agression sexuelle ou d'un meurtre. L'auteur présumé innocent des faits5 a, lui, le privilège de voir son nom, son prénom et sa photo figurer dans la rubrique « sauvageries de la semaine ».

 

Populisme pénal : Expression relativement récente désignant le phénomène politico-médiatique qui entretient un climat d'insécurité autant qu'il légitime des politiques pénales à l'efficacité contestée. Le populisme pénal emprunte les ressorts psychologiques de la sociologie impressionniste qui inonde les plateaux de télévision (cf Zemmour). Deux manifestations célèbres du populisme pénal sont « le monopole de l'indignation » et « le discours musclé ».


  • Le monopole de l'indignation consiste pour celui qui le détient à placer la focale sur un fait divers sordide avant de se poser comme le seul individu à s'en trouver choqué. Le plus souvent face à un journaliste qui reste coi, même si on sent qu'il aimerait bien s'indigner un peu lui aussi.

          Exemple : « 30 coups de couteau ! Non mais est-ce que vous trouvez ça acceptab', M'ame Chabot ? » « Et bien.. » « Et ben moi j'trouv'pas ça tolérab' M'ame Chabot !»

 

  •    Euphémisme délicat, le discours musclé fait souvent suite à un monopole de l'indignation portant sur le laxisme supposé de l'institution judiciaire, la radicalisation supposée des délinquants6 et la supposition que « c'était mieux avant ». Les mesures sécuritaires7 qui en résultent parfois sont, elles, bien réelles.                                                                                                                                                                                                                                                                                       "Comment peut-Il aimer sa Loppsi retouchée ?" Edmond, artiste de rue un brin polission

 

Rétention de sûreté : Depuis 2007, on peut emprisonner non plus pour un fait avéré mais pour une dangerosité supposée. Une mesure officieusement appliquée à l'encontre des délinquants sexuels, et peu importe que leur taux de récidive oscille entre 1% et 2%. Le problème, c'est qu'il y a un risque, « n'est-ce pas M'ame Chabot ? »

 

Transfèrement : Transfert d'un détenu d'une prison à une autre. Inutile, donc, de reprendre votre interlocuteur qui ne parlerait pas bien la France. Depuis la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009, les transfèrements ne sont plus assurés par les forces de l'ordre mais par les surveillants pénitentiaires qui n'en demandaient pas tant. Pas sûr, cependant, que cela rende les trajets plus plaisants pour les passagers du fourgon.

 

Zemmour (Eric) : Grand pourfendeur de la pensée unique, ennemi numéro 1 du politiquement correct, érudit qui dérange. C'est en tout cas ce qu'il laisse entendre. Il n'empêche qu'il est l'un des plus grands représentants de la sociologie impressionniste dont le credo est « une émission, une émotion, une conclusion, une émission ». En matière de délinquance, ça fonctionne parfaitement.

 

« Il n'y a quand même que dans ce pays qu'on voit + complément de votre choix »

 


 

1Supra

2Jeune juge en bois vert.

3Merci à L.T., ancien contributeur, dont l'étude minutieuse montre que cette musique est associée à environ 80% des « émissions à base d'enquête ».

4Supra

5Charmante figure de style utilisée dans quelques bonnes pages.

6Après les armes semi-automatiques, les armes automatiques légères, les fusils d'assaut et les lance-roquettes, il y a fort à parier que l'utilisation de missiles balistiques par les encapuchonnés sera bientôt mise à l'honneur dans les discours musclés. Le recours aux paras, réclamé depuis si longtemps et, pourquoi pas, à la Légion étrangère, pourrait alors être présenté comme on ne peut plus inévitable.

7La Loppsi 2 en est un exemple récent.

Mardi 30 août 2011 2 30 /08 /Août /2011 14:25
- Publié dans : Culture
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