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Par Gilles KERDREUX,
le jeudi 25 mars 2010.
« Il
est bon que le séjour des misérables se fasse à l'écart de la vie et du mouvement d'une grande ville. » C'est Alfred Normand qui parle. Il a été l'architecte de la prison des
femmes, construite une vingtaine d'années plus tôt (1867-1876). Mais là, il s'exprime en tant qu'inspecteur général des édifices pénitentiaires. À travers cette citation, on situe le regard sur
les prisons à la fin du XIXe siècle, mais aussi le niveau de développement de la ville.
Jusqu'au début du XIXe, Rennes est presque exclusivement sur les hauteurs du nord de la Vilaine. En 1857, l'installation de la gare de chemins de fer sur son emplacement actuel marque une étape importante dans la conquête du sud inondable, voire marécageux. La prison des femmes marque une nouvelle étape.
Pourtant, pour la future prison Jacques-Cartier, dans un premier temps, Alfred Normand pense plutôt à La Touche, du côté de gare des tramways départementaux. Finalement, ce sera au sud, à la campagne, à l'écart de la ville et sur un point culminant pour des raisons d'hygiène (l'humidité) et de sécurité. À l'époque, on argumente qu'elle est visible. On tient aussi à montrer cette marque de la répression.
Lieu de vie et de travail
L'architecte de Jacques-Cartier n'est pas un inconnu non plus. En tant qu'architecte départemental, Jean-Marie Laloy signe 95 écoles, 25 gendarmeries et 43 autres bâtiments publics. À Rennes, il a construit l'École d'agriculture et restaure le « palais » du parlement de Bretagne.
Pour la prison, il utilise une construction en croix et du schiste local comme dans les maisons qui verront le jour ensuite autour. Son édifice marque aussi le plan du futur quartier Sacré-Coeur-Villeneuve. On s'en rend bien compte avec la rue Alain-Bouchart qui est en perspective parfaite avec la porte de la prison.
La prison, classée au patrimoine d'intérêt local, n'est toutefois pas classée monument historique, ni même protégée. L'association Les Amis du patrimoine rennais essayent néanmoins que tout ou partie du bâtiment soit conservé. Du côté de l'association de quartier, on évoque aussi de garder le mur du boulevard Jacques-Cartier et la coupole. Pour l'instant, ces démarches n'ont pas abouti et il est de tradition que l'administration pénitentiaire détruise ses établissements désaffectés.
Quoi qu'il soit, cette prison qui aura connu trois siècles, a bel et bien été un lieu de vie et de travail de nombreuses personnes. Elle fait partie de la vie et de l'histoire de Rennes.




